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Salim El Heit-Araimi: le docteur en robe noire

Obtenir un doctorat en droit ne se fait qu’au prix d’un travail acharné. Mais au bout de l’effort, Salim El Heit-Araimi a trouvé liberté et indépendance dans le métier qu’il aime.

salim el heit araimi  1

© Américo Mariano

Selon un vieil adage universitaire, trois moments forts marquent la vie d’un homme : le mariage, la naissance d’un enfant et la soutenance de sa thèse. Salim El Heit-Araimi n’a pour l’heure ni femme ni progéniture, mais c’est déjà un brillant docteur en droit. Pour lui, comme pour bien d’autres, décrocher ce titre prestigieux a été l’aboutissement de longs efforts, mais aussi le fruit de belles rencontres. «Petit dernier» d’une fratrie de six frères et sœurs (1), Salim El Heit-Araimi a grandi et vit toujours dans un pavillon près du quartier des Tilleuls. Après un bac littéraire préparé au lycée Mozart et une première année de fac de lettres à la Sorbonne, il se réoriente en droit à l’université Paris 13 Villetaneuse. «Au début, c’était vraiment aride, mais je me suis accroché», raconte le trentenaire. En deuxième année, il découvre le droit pénal et pense avoir trouvé sa voie. En licence, il s’inscrit à Paris 8 Saint-Denis. Où il fait une rencontre déterminante.

«L’un de mes professeurs est devenu mon mentor. Il m’a formé tout au long de mon cursus, jusqu’au doctorat.» Ce maître de conférences, «aux grandes qualités humaines», devient son directeur de mémoire, en maîtrise puis en DEA. Plutôt que de passer des concours, le jeune homme choisit de poursuivre en doctorat. Commence alors un véritable chemin de croix. Tout en préparant sa thèse, il travaille pour financer ses études. Des boulots toujours en relation avec ce monde qui le passionne : «assistant de justice» traitant les infractions routières au tribunal de Bobigny, «urgentiste du droit», selon ses propres termes, au Conseil départemental d’accès au droit (2) ou encore chargé de travaux dirigés à la Sorbonne. «J’ai pris toutes les opportunités qui s’offraient à moi, précise-t-il. Finalement, ces boulots «alimentaires» m’ont permis d’acquérir beaucoup d’expérience et d’enrichir mon CV.» Il finit par terminer sa thèse au bout de quatre ans, en 2007.

«Mon directeur de thèse m’a renvoyé mon mémoire bourré de corrections, en me disant qu’il n’était pas soutenable en l’état. J’étais dégoûté. J’ai commencé à avoir un coup de spleen terrible.» L’idée de tout abandonner ne lui traverse pas l’esprit pour autant. Après quatre mois d’efforts, il rend finalement un travail parfait, 913 pages en deux tomes, intitulé L’infraction criminelle intra-familiale : vers un droit pénal de la famille ? «J’étais content mais lessivé. J’ai réappris à profiter des petits plaisirs de la vie. Puis un grand vide s’est emparé de moi. Tous ceux qui sont allés au bout de leur thèse me comprendront. On plonge dans une sorte de dépression», confie-t-il. Arrive enfin le jour de la soutenance, en juillet 2008. Une séance de 3h30 très éprouvante, devant un jury pointilleux. Puis la libération. Salim est élevé au rang de docteur en droit. «C’est un souvenir indéfectible, un moment qui restera en moi pour toujours. Mes parents et mes amis étaient présents. Le doctorat est une grande souffrance mais cela en valait vraiment la peine.»

Reste maintenant à se construire un avenir. Alors qu’il est à deux doigts de partir à Bordeaux pour intégrer l’Ecole nationale de la magistrature, il change d’avis et opte pour le métier d’avocat. En octobre 2010, il prête serment au Barreau de la Seine-Saint-Denis. «J’ai décidé d’installer mon cabinet d’avocat généraliste au Blanc-Mesnil. J’y ai mes repères. J’ai choisi cette profession pour son indépendance.» La plus grande fierté de ce garçon humble et modeste ? «A la base, je n’avais pas vraiment de facilités pour les études, mais j’ai rencontré des gens qui m’ont donné ma chance. Je suis heureux d’avoir été à la hauteur et de ne pas les avoir déçus.»

Jonathan Rapaport

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