Slameurs en culottes courtes
Publié le 15.06.2011
Jeux de mots et de rimes pour les CM1 A et B. De l'instinct à la méthode, de l'imaginaire à la scène, toute une aventure. Et Grand Corps Malade était de la partie.

© Americo Mariano
En quelques mois de travail, les quarante-six élèves des CM1 A et B de l’élémentaire Jules Guesde sont passés de leurs chaises d’écoliers à leur première scène slam. Une aventure faites de mots, de poésies et d’imagination… «L’idée de départ était de travailler avec les enfants sur le handicap dans le cadre d’un cours d’éducation civique. D’entamer un débat sur la différence. On est donc parti des textes de Grand Corps Malade», raconte Anissa, l’une des institutrices de l’école. De fil en aiguille, le projet évolue, se transforme en atelier d’écriture et aboutit à la production de textes. Pour laisser parler son imagination il faut acquérir une technique et bons réflexes. C’est pourquoi, les deux institutrices à l'origine du projet, Anissa et Alexandra, ont fait appel à Sébastien, un slameur rompu à l’exercice.
«J'ai travaillé avec le groupe durant six séances pour leur expliquer ce qu’était le slam et donner un cadre à leur production, explique-t-il. Il fallait arriver à faire sortir ce qu'ils ont dans la tête sans qu'ils aient peur d'être jugés. C'était le plus difficile.» Une sincérité atteinte dans les textes grâce à des jeux de spontanéité. Ne restait plus qu'à apprendre l'art subtil de la rime afin d'arriver à combiner l'instinct à la méthode. Au final, une quinzaine de slams ont vu le jour autour des thèmes imposés de l'amitié et du quartier. Et ce n'est pas sans une certaine fierté que leurs auteurs les ont soumis à l'approbation d'une star emblématique de la discipline. Sans doute alerté par la présence de talents naissants, Fabien Marsaud alias Grand Corps Malade a en effet rendu visite à ces poètes en herbe le 7 juin.
Cette surprise bien orchestrée n'a pas laissé longtemps sans voix les slameurs en culottes courtes, qui ont tous tenu à dire leur texte devant l'artiste. Après s'être prêté de bonne grâce à une séance de questions, ce dernier leur a offert son slam Saint-Denis, en raccord avec leur thème, puisqu'il y raconte le quartier où il a grandi. Avant de partir, Grand Corps Malade a proposé aux élèves plusieurs jeux de mots et de rimes et notamment l'écriture d'un quatrain qui parle d'eux. Mais l'aventure poétique ne s'arrête pas là ! Le 10 juin, plusieurs d'entre eux ont osé monter sur scène lors de la soirée slam organisée au Deux Pièces Cuisine. Et ils n'ont pas démérité aux côtés des habitués comme Doudou Nana et Alex P.
Ils sont entrés les uns après les autres dans la lumière, sous le regard bienveillant des trois compères du Grandiloquent Moustache Poésie Club, et ont pris possession du micro pour déclamer leurs textes. C'est Alima qui a ouvert, non sans stress, la soirée avant de céder la place à Ichem, Adam, Ismaël, Alexandre et les autres, tous récompensés par un déluge d'applaudissements. Gageons que cette première expérience suscitera certainement des vocations. «Depuis l'atelier, j'ai pris le goût de l'écriture. Maintenant chez moi, j'écris souvent des poèmes sur ce que j'ai fait dans la journée», a constaté Sylvia. Une chose est sûre, ils ont appris à se jouer du langage et s'amusent aujourd'hui à créer pour le plaisir.
Delphine Loussert
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