RER B: de la friture sur la ligne
Publié le 12.01.2012
Tous les jours c'est la galère pour les voyageurs. Explications des problèmes et améliorations en vue avec «RER B Nord +» le programme de modernisation de la ligne.

© Michel Le Moine
17h30, mardi 3 janvier 2012. C’est l’heure de pointe à la gare du Blanc-Mesnil. Un vent fort souffle sur les quais tandis qu’une pluie fine dégouline sur le visage des voyageurs frigorifiés. Le seul abri encore sur pied n’a ni vitre ni toit. Impossible de se réchauffer. Des enseignantes du collège Cotton se serrent donc les unes contre les autres. «On pourrait quand même nous installer un abri digne de ce nom, confortable, pour s’asseoir», râlent-elles. Les écrans affichent des retards conséquents. De 10 à 25 minutes en raison d’un «accident grave de voyageur», autrement dit un suicide, dans le sud de la ligne à Gentilly. Orphé, 18 ans et Hichem, 17 ans, attendent patiemment leur train pour Paris. «Le RER B n’est quasiment jamais à l’heure et on a du mal à respecter notre emploi du temps. En cas de rendez-vous important, on préfère partir 30 minutes à l’avance», fulminent-ils.
Sur la voie en face direction Aulnay, Lionel, 47 ans, roule sa cigarette méticuleusement. Des années déjà qu’il travaille au Blanc-Mesnil et prend le RER tous les jours. «En heure de pointe, aucune rame n’est directe jusqu’à ma gare de destination Mitry. Je dois donc changer de train à Aulnay-sous-Bois, précise-t-il. Si j’avais l’argent, j’achèterais une voiture. Il me faudrait alors juste quinze minutes de trajet contre trois-quarts d’heure actuellement.»
Priscilla, 24 ans, a eu une dure journée. Elle prévoit de prendre le bus 620 pour rentrer chez elle à la cité Pasteur. «Je suis rincée ! J’ai dû patienter une heure en gare de Vert-Galant, explique cette prof d’anglais de collège qui vient d’arriver de Tremblay-en-France. Je prends de la marge mais je suis parfois trop juste pour faire mes photocopies. La SNCF pourrait au moins mieux nous informer !»
En théorie, un train tous les quarts d’heure permet à ceux qui travaillent au Blanc-Mesnil de rejoindre les gares parisiennes. En pratique… «Dès qu’une panne ou un problème intervient, on nous supprime des trains et nous devons patienter au moins 30 minutes, regrette Pierre, qui fait le parcours Denfert-Rochereau-Le Blanc-Mesnil depuis… vingt-trois ans. Les gares de Drancy et du Blanc-Mesnil sont des variables d’ajustement. Des rames à moitié vides directes pour Le Bourget ou la Gare du Nord passent sous notre nez. C’est très énervant ! A Denfert-Rochereau, je vois souvent des touristes perdus. En plus, pendant quinze jours, les panneaux d’affichage ne fonctionnaient pas !
Certains voyageurs semblent résignés. «On a intégré la souffrance en prenant les transports, confie Stéphanie, habitante de Saint-Ouen salariée au Blanc-Mesnil. Paradoxalement, pendant les grèves, la fréquence des trains augmente car ils deviennent tous omnibus et j’arrive plus souvent à l’heure. Et puis, galérer permet de créer une certaine solidarité entre les gens et alimente nos sujets de conversation», sourit-elle.
Le RER B pour Paris arrive enfin. Les voyageurs, soulagés, se précipitent pour trouver une place assise. Un soulagement de courte durée. Demain, il sera déjà temps pour eux de retourner sur les quais bondés en priant les dieux de la SNCF et de la RATP pour qu’il n’y ait pas de nouveau… de la friture sur la ligne.
Florilège des excuses pour retard
«Le train patine sous la pluie»
«Feuilles mortes sur les voies»
«Vous êtes nombreux sur les quais aujourd’hui»
«Gêne à la fermeture des portes»
«Voyageurs sur les voies»
«Retrait des conducteurs suite à une agression»
«Voyageur malade»
«Un signal d’alarme a été tiré»
«Incident matériel»
«Vol de câbles»
«Panne de caténaire»
«Suppressions de trains en raison d’amiante dans les rames»
«Des trains sans arrêts circulent dans cette gare»
«Colis suspect»
Jonathan Rapaport
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