«J’ai rencontré Salah Hamouri»
Publié le 09.09.2011
Le Blanc-Mesnilois Fabien Gay était, cet été, en Palestine et en Israël, où il a rencontré Salah Hamouri, jeune Franco-Palestinien prisonnier politique depuis 2005. En exclusivité pour le Journal, il raconte cette entrevue.

© Americo Mariano
Qui est Salah Hamouri ?
Salah Hamouri a 26 ans. Il est né à Jérusalem. Son père est un Palestinien résidant de Jérusalem-Est. Sa mère, professeur, est Française, originaire de Bourg-en-Bresse, dans l’Ain. Salah n’est jamais venu en France mais il est parfaitement francophone et titulaire d’un passeport français. A 16 ans, il a été arrêté et condamné à cinq mois d’emprisonnement pour «propagande anti-israélienne». Il avait collé des affiches contre l’occupation des territoires dans son lycée. A sa sortie de prison, il a poursuivi ses études et obtenu l’équivalent du bac. Le 13 mars 2005, il a de nouveau été arrêté alors qu’il se rendait à Ramallah. Un mois après son arrestation, sa famille a appris par la presse qu’il était accusé d’avoir comploté contre le chef spirituel du parti religieux d’extrême droite Shass, au motif qu’ils étaient passés en voiture devant son domicile. Un «délit d’intention» ! Le 17 avril 2008, après vingt reports d’audiences faute de témoins ou de preuves, Salah a été condamné par le tribunal militaire israélien d’Ofer (situé dans les territoires palestiniens illégalement occupés) à 7 ans de prison pour «complot et appartenance aux jeunesses du FPLP (*)». Salah a été contraint d’accepter ce compromis, sur les conseils de son avocate, sinon il prenait 14 ans ! Il se trouve aujourd’hui à la prison de Gilboa, au Nord d’Israël.
Dans quel cadre l’avez-vous rencontré ?
Lors d’un voyage de solidarité organisé par le Mouvement des jeunesses communistes de France (MJCF), du 15 au 31 juillet. Nous étions une dizaine, et nous avons rencontré des progressistes, des syndicalistes, des responsables associatifs et politiques israéliens et palestiniens qui luttent pour la paix. Le MJCF mène depuis des années une campagne pour une paix juste et durable, soutient la création d’un Etat palestinien et lutte pour la libération des prisonniers politiques, notamment Marwan Barghouti et Salah Hamouri. Nous avons pu obtenir une audience exceptionnelle de 2h30 avec Salah, le 20 juillet.
Que vous a-t-il dit ?
D’abord, il parle très peu de lui. Il nous a juste dit qu’il avait suivi Roland-Garros et le parcours de l’équipe de foot féminine à la télé ! En ce qui concerne Israël et la situation des Palestiniens, il n’y a jamais de haine dans ses propos, mais une détermination calme. Il insiste sur le fait que ses codétenus ne sont pas des terroristes, mais des gens normaux, avec des convictions. Près de 11 000 personnes sont détenues sous le statut de prisonniers politiques en Israël, dont 300 sont âgés de 7 à 18 ans. «Comment un Etat qui possède des centaines de bombes atomiques peut-il avoir peur d’enfants de 7 ans ?», questionne Salah. Il demande aussi que les 18 détenus politiques présentant un cancer en phase terminale soient libérés, pour qu’ils puissent mourir auprès des leurs. Il nous a parlé aussi des révolutions arabes. «Tous ces Etats avaient instrumentalisé la cause palestinienne pour maintenir leurs peuples dans un étau, nous a-t-il dit. Je suis tellement heureux et fier qu’ils se libèrent !» Salah nous a confié un message à l’attention des gens qui le soutiennent en France (voir encadré). Il espère que la France votera pour la création d’un Etat palestinien, ce mois-ci à l’ONU.»
Propos recueillis par François Toulat-Brisson
(*) Front populaire de libération de la Palestine.
A lire sur les autres pages du Journal interactif : le message de Salah Hamouri
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