L'idéal et la chute
Publié le 27.01.2012
Olivier Coulon-Jablonka et sa compagnie, le Moukden théâtre, en résidence au Forum, présentent Pierre ou les ambiguïtés. Il y est question de courage, d'amour et de vérité.

© Photos Michel Le Moine
Pourquoi avez-vous adapté ce gros roman méconnu de Melville au théâtre ?
Après la représentation de Chez les nôtres, j'avais envie de revenir à une fiction plus romantique... avec la même problématique sous-jacente : que faire ? Dans notre première pièce, la bonne vieille question de Lénine avait un sens politique. Là, elle est plus poétique. Pierre est un jeune homme qui vit dans un monde parfait, sans soucis. Une sorte de conte de fées que la révélation d'une sœur cachée, Isabelle, plonge brutalement dans la réalité. A la question «que faire ?», il ne répond pas par l'inaction comme le personnage d'Hamlet dans Shakespeare. Il passe à l'action mais sa fin sera aussi tragique. Il sera déshérité et sombrera dans la folie.
Un narrateur commente les actes des personnages. Quelle est son utilité ?
Dans le roman, le narrateur est celui qui révèle les ambiguïtés de Pierre, d'où le titre choisi par Melville. Il questionne la vérité d'Isabelle. Est-elle vraiment la sœur de Pierre ? Pourquoi se marie-t-il avec elle ? Est-ce pour sauver sa famille du déshonneur ou parce qu'il est amoureux d'elle ? C'est en cela que le texte de Melville est précurseur car il met en actes un idéal dont on est revenu aujourd'hui. Dans la pièce, le narrateur rappelle les beaux parleurs actuels, charmants et pleins d'humour, qui ne croient plus en rien, se méfient de tout et relativisent le moindre acte. Au départ, il est comme une sorte de guide du récit pour les spectateurs mais petit à petit il va leur insuffler des incertitudes sur ce qu'ils voient et entendent sur scène.
Vous avez inséré également des extraits d'un autre livre de Melville, L'Escroc à la confiance. A quoi servent ces intermèdes ?
Quand Pierre débarque à New York, je mêle ces extraits aux scènes urbaines, comme Shakespeare utilisait des intermèdes dans ses pièces. L'idée de cette fusion nous est venue quand Isabelle demande à Pierre de lui donner sa confiance. Cette question de la confiance, posée également dans l'autre roman de Melville, je l'avais déjà mise en scénettes au cours de mes ateliers de théâtre à l'automne dernier au lycée Aristide Briand. Ces extraits cassent et éclairent à la fois la narration de Pierre et les ambiguïtés. La confiance que le «héros» avait accordée à Isabelle est remise en cause, de même que celle qu'il avait dans le monde qui l'entoure. Il franchit ainsi une nouvelle étape en renonçant à son ancienne vie pour partir en quête d'une nouvelle fraternité, d'un nouvel avenir...
Les 20, 21, 26, 27 et 28 janvier, à 20h30, au Forum.





Propos recueillis par Nadia De Almeida
En un clic
