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"Les contes du chaos" : Casey passe en zone libre

Quand Casey, rappeuse blanc-mesniloise s'acoquine avec Serge Teyssot-Gay, ex-guitariste de Noir Désir, et B. James, ça donne un album très loin du politiquement correct. Rencontre.

 

La rappeuse casey et le groupe Zone Libre.

©Tcho Antidote

L’album «Les Contes du chaos», récemment sorti dans les bacs, associe Zone Libre, groupe créé par l’ex-guitariste de Noir Désir Serge Teyssot-Gay, la rappeuse blanc-mesniloise Casey et B. James, son complice du collectif Anfalsh. Leur disque entend «témoigner du désastre du monde». Pas pour s’en affliger, mais pour s’en relever.

 

Comment sont nés «Les Contes du chaos» ?

Casey. Avec B. James, on s’est enfermés une semaine pour écrire. Ensuite on a enregistré en une dizaine de jours en septembre 2010. Zone Libre est arrivé avec sa musique.

Serge Teyssot-Gay. Au sein de Zone Libre, on a tous une grosse culture hip-hop, donc on compose une musique qui permet à Casey et à B. James de poser leurs voix, leurs flows (*). Mais, ce n'est pas une ou deux personnes qui amènent les idées, c'est une vraie musique de groupe.

 

Les paroles de l'album qui ont un vrai sens politique, vous en discutez ?

Casey. On n’organise pas d’AG pour décider de ce qu’on écrit ! Bien sûr qu’on discute entre nous, mais on ne se dit pas «tiens, ça serait mortel qu’on fasse ceci-cela». Chacun apporte ce qu’il sait faire.

Serge Teyssot-Gay. Casey et B. James écrivent ce qu'ils ont envie d'écrire. On découvre leurs textes lors de l'enregistrement, on confronte nos énergies et tout se construit en «live». De toute façon, on connaît ce que font Casey et B. James, leurs regards critiques sur certains maux de la société.

 

Dans cette période où une députée de la majorité lâche sans honte qu'il faut «remettre dans les bateaux» les candidats à l'immigration, est-ce que ce n'est pas aux artistes de réagir en premier ?

Casey. Ce n’est que le début de la diarrhée verbale, on est en pleine période électorale... Je n'appartiens pas à la corporation des artistes qui ont la parole mais qui ne s'en servent pas de la manière la plus percutante. De toute façon, on ne te donne la parole que dans la mesure où ce que tu dis ne gêne pas. Ou alors sur des trucs consensuels du genre «sauvons la planète».

Serge Teyssot-Gay. Dans ce métier, tu parles plus souvent de boîtes de conserve que de musique. Les «artistes» s'automutilent pour faire un jackpot commercial. Moi, je ne veux pas être un homme-sandwich. On vit une époque extrêmement cynique, avec des manipulateurs capables de te dire le cœur sur la main qu'ils vont faire des choses pour la société et de l'autre ils tuent tous les organismes publics qui permettaient aux gens en France de posséder un fonds commun sur lequel se reposer : l'éducation, la culture, la justice, des choses fondamentales.

 

Autant de menaces qui pèsent d'abord sur les quartiers, cette banlieue où vous vivez tous les deux ?

Casey. C'est vrai, les gens des quartiers prennent en premier, et en pleine face, le chômage. Pourtant on se focalise sur la délinquance, les incivilités. «Incivilité», un mot incroyable comme si, dans les quartiers, on n'avait pas intégré les règles de base de la courtoisie. Tout ça pour faire des quartiers des endroits anxiogènes, où il n'y a pas d'êtres humains. Toute cette fantasmagorie sur le 93, ce n’est que le point de vue de certains politiques.

Serge Teyssot-Gay. On oublie aussi que culturellement, ce qui naît en banlieue est d'une richesse incroyable, nourri des différentes origines qui s'y construisent. Par exemple, chez moi à Saint-Ouen, je participe à des ateliers d'écriture, comme il en existe d'ailleurs au Blanc-Mesnil au sein du Deux Pièces Cuisine. C'est quelque chose qui te nourrit d'une manière qui n'est pas quantifiable. En dehors de cette saleté de notion de rendement économique...

 

Propos recueillis par Frédéric Decock

 (*) Manière qu'a un rappeur de débiter ses paroles.

   

Casey entre les lignes

 

Casey et le groupe Zone Libre en concert.La rappeuse manie les mots mais très rarement pour parler d'elle. Difficile d’obtenir quelques confessions de Casey née à Rouen il y a 35 ans, grandie entre la cité Verte (aujourd’hui cité Floréal) et Les Tilleuls, au Blanc-Mesnil. Pudique, de sa voix grave, elle confie «c’est juste que je n’ai pas envie de me dépoitrailler, comme ça…» Elle le fait déjà assez dans ses textes. Sur un ton presque toujours acerbe, voire enragé. Ce qui n’empêche pas l’humilité.

 «En fait, je rabâche. L'esclavage est un sujet qui revient souvent dans mes textes. C'est lié à mes origines antillaises. Mon histoire donc, mais aussi l'histoire de France. On a toujours tendance à aller chercher les génocides et les guerres chez le voisin, mais le commerce triangulaire, la traite des esclaves, ça s'est bien passé en France.» Ensuite, il y a sa vie au Blanc-Mesnil. Comme elle le rappe dans «Carnet de ma cage», sur l'album «Les Contes du chaos», «moi, j'ai fait mon stage dans les tours et les étages». Dans les sous-sols aussi, rigole-t-elle.

 «Quand j'ai commencé le «peura» vers 14 ans, il fallait de l'argent sinon on ne répétait pas. Je ne vais pas faire la promo des caves mais c'est là que ça se passait pour nous...» Voilà, pourquoi, entre autres, elle n'hésite pas à donner un coup de main au Blanc-Mesnil à l'association Talent et Développement qui aide les jeunes rappeurs à trouver leur voie. «On a un peu bossé ensemble et c'est vraiment bien ce qu'ils font.» Une manière d'être fidèle à sa définition personnelle de la culture : «ce qui te sert à trouver les outils de ta liberté».

Frédéric Decock

 

Rock et rap en Zone Libre

 

Pochette de l'album Le groupe Zone Libre a été créé par Serge Teyssot-Gay en 2007, au moment où Noir Désir était à l'arrêt à la suite des «déboires» privés de son leader Bertrand Cantat. Désireux de sortir du tout-venant commercial, le groupe s'adosse à un label indépendant Intervalle Triton, également fondé par Teyssot-Gay. «L'intervalle Triton, explique le «guitariste baryton électrique», est un intervalle de deux notes, qui te permet d’aller dans n’importe quelle direction, sans jamais tomber dans la dissonance.» L'ex «Noir Des'» ne s'interdit rien et surtout pas la rencontre entre ses guitares stridentes et les paroles tranchantes de rappeurs sans concessions.

 «Les Contes du chaos», l’album sorti fin janvier (*) est la seconde collaboration avec l'artiste blanc-mesniloise Casey. «L'articulation entre rock et rap, pour nous, est quelque chose de naturel, explique encore Teyssot-Gay. Il n'y a aucune antinomie, c'est fluide, et on «kiffe» d'être ensemble. De toute façon, sur cet album, les voix sont au même titre que les instruments.» D'un côté donc du «son qui dégueule des enceintes» (dixit Teyssot-Gay), et de l'autre le rap de Casey et B. James qui échoue à tous les «tests commerciaux» (dixit Casey).

 Au bout du compte, ça donne un album «qui sent le bitume et les ténèbres», selon ses géniteurs. Il est à découvrir lors d'une tournée qui s'achèvera en juin. Et, sauf contretemps, à la rentrée sur la scène du Deux Pièces Cuisine. «Pour le printemps, ça ne s'est pas emboîté, mais ça devrait le faire à l'automne prochain», promet Casey.

Frédéric Decock

(*) Intervalle Triton, 11,99 euros.

 

La tournée Zone Libre vs Casey & B. James

En avril. Le 9 : La Cave à Musique à Mâcon. Le 13 : L'Astrolabe à Orléans. Le 14 : L'Antipode à Rennes. Le 15 : La Nef à Angoulême. Le 16 : La Coopérative de Mai à Clermont-Ferrand. Le 17 : Catering Café Festival à Héricourt. Le 22 : Festival Complot sur le campus à Albi. Le 23 : Les passagers du Zinc à Avignon. Le 24 : La Bobine à Grenoble. Le 28 : Le Grand Mix à Tourcoing. Le 29 : L'Oasis au Mans. Le 30 : Festival La Terra Trema à Cherbourg. Le 4 juin : Festival Paroles et Musiques à Saint-Etienne.

Plus d'infos sur http://www.sergeteyssot-gay.net

 

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