Le handicap expliqué aux enfants
Publié le 13.04.2012
Des ateliers de sensibilisation au handicap étaient organisés pour les enfants, les 4 et 6 avril, dans le cadre de l'Intégrathlon. De la spontanéité et beaucoup d'intérêt.

© Americo Mariano
«Tu vois en double ? Tu peux porter des lunettes ? Comment tu fais pour cuisiner ? Pourquoi tu prends pas un chien guide ?» Parfois surprenantes, les questions posées par les enfants ne manquaient pas de perspicacité. En marge de l'Intégrathlon, trente-cinq enfants de l'Ecole municipale des sports, âgés de 6 à 11 ans, ont participé à des ateliers de sensibilisation autour du sport et du handicap, le 4 avril au stade Jean Bouin, avec la mission ville handicap. Des athlètes handicapés sont intervenus, comme Frédéric Kern, 35 ans, coureur de fond à l'Athlé Le Bourget Drancy Dugny olympique (Abdo). Déficient visuel depuis 2000, il s'entraîne chaque semaine deux fois sur piste et trois fois en forêt depuis cinq ans. «C'est une maladie héréditaire qu'on a découverte quand j'avais 21 ans. Avant, je voyais bien. Je travaillais, j'avais même commencé à passer mon permis.»
«L'immense majorité des clubs ne sont pas ouverts à la pratique handisport, regrette Régis Forgeot, président de l'Abdo. On est le seul du département à être affilié à la Fédération française handisport. Le but de l'Intégrathlon est justement de déverrouiller les blocages des clubs.» Pourtant le sport s'adapte au handicap. Par exemple, en saut en longueur, «l'entraîneur se place au fond du bac à sable, en face de l'athlète, et tape des mains, pour que le sportif non-voyant puisse s'orienter dans l'espace», explique Régis Forgeot. Pour les compétitions, Frédéric a un guide. «Elle me prévient des obstacles, dos d'âne, trous, virages. Elle gère tout : chronomètre, allure, risques…»
Pas facile sur un fauteuil roulant de freiner en descente ou de faire une marche arrière. Pas évident de slalomer entre des plots ou d'enjamber un banc quand on a les yeux bandés. «Ça doit être dur de faire ça tous les jours», fait remarquer Ambrine, 10 ans. Le 6 avril le stade Jean Bouin accueillait également onze classes de CM2 de toute la Seine-Saint-Denis, et l'institut médico éducatif Jean-Marc Itard, en partenariat avec l'Usep (*). Lancer de poids, parcours en fauteuil sur la piste d'athlétisme, atelier de sensibilisation aux discriminations, tennis de table et pétanque adaptée ou encore initiation au braille et à la langue des signes étaient proposés aux quelque 275 enfants présents.
Le sprinter champion de France d'athlétisme handisport, Clavel Kayitare, 26 ans, est venu témoigner (**). Originaire du Rwanda, il a dû fuir le pays à l'âge de 8 ans, lors du génocide en 1994, après l'assassinat de sa famille. Blessé à la jambe par des éclats de grenade, il en a perdu l'usage. Il a été soigné en France et a remporté depuis de multiples médailles. Il prépare actuellement les Jeux paralympiques de Londres.
«Ces actions de sensibilisation permettent aux enfants de comprendre le handicap et aux adultes de les observer. Ils ne s'apitoient pas, ils sont curieux et décomplexés», constate Régis Forgeot. Pour preuve : quand on leur demande s'ils savent ce qu'est un daltonien, une petite voix répond : «Ben, c'est les ennemis de Lucky Luke…»
(*) Union sportive de l'enseignement du premier degré.
(**) Interview complète de Clavel Kayitare : http://www.blancmesnil.fr/clavel_kayitare_sprinter_de_lespoir.html



















Laëtitia Soula
Photos: Americo Mariano
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