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Jorge Antunes Tracana : la vie avec mention

Publié le 30.10.2011

Il se l'était promis ! Avec une ténacité étonnante, Jorge Antunes Tracana, malgré ses difficultés a obtenu son bac et ne compte pas s'arrêter là.

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© Americo Mariano

«Admis». Quand Jorge Antunes Tracana a lu ces cinq lettres sur le courrier du rectorat, son cœur battait la chamade. «J’ai mis trois jours avant de me décider à ouvrir l’enveloppe, confie-t-il. J’étais content, mais je n’ai jamais eu la chance qu’on fête mes diplômes, alors ça s’est passé simplement. J’ai juste appelé ma famille pour leur dire que j’avais le bac.» A 45 ans, difficile de réunir des camarades de classe pour célébrer l’événement…
A 14 puis 17 ans, Jorge avait pourtant obtenu des diplômes de comptabilité dans son pays, le Portugal. Mais ces précieux certificats n’étaient pas reconnus en France. En 1987, à 21 ans, il se décide donc à passer des examens français, en candidat libre. D’abord le certificat d’études générales, puis le brevet des collèges. Pendant les épreuves, il côtoie des jeunes d’une quinzaine d’années.

La différence d’âge ne lui fait pas peur, et très vite, il veut d’autres diplômes. «J'ai obtenu un BEP de comptabilité que j’ai obtenu en 1991 au bout de trois essais, et puis on m’a encouragé à passer un CAP, alors je l’ai fait.» En même temps, il est employé par une société de nettoyage. Victime d’un grave accident de travail en 2001, il se retrouve handicapé, au chômage, sans indemnité. «J’ai attendu quatre ans pour que mon invalidité soit reconnue. Ça a été une grosse galère. J’avais honte d’aller frapper à la porte de la CAF pour toucher le RSA. J’ai dû compter sur les Restos du Cœur pour avoir de quoi me nourrir.» Une main tendue qu’il apprécie, et qu’il essaie de tendre à son tour. Avec son maigre pécule, il s’achète des livres pour mener à bien son nouveau projet : obtenir son bac. Aujourd’hui, il survit avec 817 euros d'allocations par mois, mais pendant des années il a dû faire avec le RMI seulement, environ 350 euros.

«J’ai passé des journées dans une librairie parisienne pour trouver les bons livres. Ceux qui réunissaient la théorie et la pratique et qui ne coûtaient pas trop cher.» Il a créé sa propre méthode de travail, «étudier deux ou trois heures par jour, mais pas tous les jours. L’essentiel, c’est de faire des exercices.» Sa condition physique ne lui permet pas de travailler beaucoup plus car il se fatigue vite. Il précise : «En dix ans, j'ai subi pas moins de quatorze interventions chirurgicales et je prends une dizaine de médicaments par jour. Ils entraînent une altération de la mémoire, mais ça ne m’a jamais découragé.»
La première fois qu’il s’inscrit au bac, c’était en 2003. Un baccalauréat technologique, option comptabilité-gestion. «Il m’a fallu huit ans pour l’obtenir. Je n’ai pas abandonné, parce que je me l’étais promis.» L’an dernier, le médecin-conseil de l’académie de Créteil lui apprend qu’il a le droit de passer ses épreuves dans un établissement plus proche de son domicile et qu’il peut bénéficier du tiers-temps. «Une demi-heure supplémentaire par heure d’épreuve. Au début, j’étais gêné de voir les jeunes quitter la salle pendant que je continuais à écrire.»

La persévérance a payé. Cette année, Jorge a enfin obtenu son bac, à 45 ans. Et ne compte pas s’arrêter là. «Il y a bien longtemps, je m’étais déjà dit que j'irai jusqu'au BEP, et puis maintenant, je continue sur un BTS management des unités commerciales (anciennement action commerciale, ndlr). C’est une tentation d’aller plus loin à chaque fois. J’ai pris goût à la nouveauté et à l’apprentissage.» Ça commence bien, il a déjà passé son épreuve de langue et obtenu un 13,5 sur 20. Il ne sait pas encore où tout ça le mènera, il ne le fait pas pour avoir un travail puisque son handicap ne le lui permettra pas. Pourtant, ce goût de la réussite, il ne le lâchera pas. Aujourd'hui, c'est tout ce qu'il lui reste pour se sentir en vie.

Marie-Carolyn Domain

Si vous avez d'anciens livres ou annales de BTS management des unités commerciales ou des matières générales de BTS dont vous ne nous servez plus, n'hésitez pas à les déposer au Journal, place Gabriel Péri, pour aider Jorge à mener à bien son nouvel objectif.

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