Université citoyenne: le prix de la libéralisation de l'énergie
La mise en concurrence des acteurs des marchés du gaz et de l’électricité bénéficie-t-elle aux consommateurs ? Réponses de François-Mathieu Poupeau, invité de la prochaine université citoyenne.

© Américo Mariano
Depuis 2007, le secteur de l’énergie est ouvert à la concurrence pour les particuliers. Est-ce que nous y avons gagné ?
Il est difficile de répondre à cette question. Tout d’abord, on ne peut pas imputer les hausses de tarifs qu’on a pu constater en France depuis une dizaine d’années au seul processus de libéralisation. D’autres facteurs interviennent, comme le coût de rachat des énergies renouvelables (pour l’électricité) ou l’augmentation des prix du pétrole (pour le gaz)… Ensuite, la concurrence est encore limitée car l’Etat a décidé d’instaurer des tarifs réglementés. Ceci étant, tout le monde s’accorde à dire que si l’ouverture du marché français jouait à plein, les tarifs augmenteraient très fortement.
Pourquoi ?
Tout simplement parce qu’avant l’ouverture à la concurrence, les particuliers bénéficiaient de prix très favorables, qui ne couvraient qu’une partie des coûts. Cette situation tenait au fait que cette catégorie d’usagers était plutôt protégée par l’Etat, qui limitait les hausses de tarifs parce qu’elles étaient impopulaires. Ce manque à gagner était compensé par d’autres catégories de consommateurs, notamment les industriels. Si l’on va au bout de la logique de libéralisation, on peut penser que cet avantage sera amené à s’estomper.
« Faire jouer la concurrence » est-ce que ça marche ?
Prenons l’exemple britannique. Les enquêtes disponibles montrent deux choses. La première est qu’une partie seulement des consommateurs tire son épingle du jeu de la concurrence : ceux qui ont un certain capital culturel et social et qui sont bien informés. C’est d’ailleurs en direction de cette catégorie de clients, assez volatile, souvent urbaine, que les fournisseurs portent le plus leurs efforts. Pour les autres, ceux qui ne veulent ou peuvent pas bouger, les gains sont loin d’être évidents. Le second enseignement des enquêtes est qu’en moyenne, les clients qui changent de fournisseur d’énergie ne font pas le choix optimal. Dans un cas sur trois, ceux-ci perdent même de l’argent dans l’opération. La raison en est simple. Elle tient aux stratégies des opérateurs qui, en ayant recours à de la vente forcée ou à des campagnes marketing bien orchestrées, réduisent de fait la liberté de choix des clients.
Est-ce que le consommateur a au moins gagné en qualité de service ?
Ca dépend. D’un côté, les évolutions récentes ont pu faciliter la vie des consommateurs. Désormais, on peut régler sa facture ou s’informer sur son contrat à toute heure du jour ou de la nuit, ce qui est appréciable. Mais encore faut-il avoir accès à internet, ce qui n’est pas le cas de tout le monde ! En outre, on constate une tendance à une perte de proximité vis-à-vis des clients et des formes de traitement de leurs demandes souvent très « bureaucratiques ». Ce constat a été mis en lumière dans les derniers rapports du médiateur de l’énergie et du médiateur de la République.
François Toulat-Brisson
Libéralisation des marchés de l’énergie : quelles conséquences pour les consommateurs ?. Jeudi 8 décembre, à 18h30, salle Betsy Jolas, au Forum. Entrée libre.
Sociologue et politiste, François-Mathieu Poupeau est chargé de recherche au CNRS. Ses travaux actuels portent sur l’action publique locale en matière énergétique et la réforme de l’Etat en France.
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