Samir Makhlouf, l'anti-héros
Publié le 26.05.2011
Après le rôle principal de "Tête de Turc", Samir Makhlouf avait préféré prendre un peu de recul. Il vient enfin de trouver un scénario qui lui plaisait.

© Americo Mariano
Samir Makhlouf, 19 ans, ne vit pas encore dans un monde de strass et de paillettes, loin de là. Ce vendredi ensoleillé où nous le rencontrons, place de la Libération, un jour de forte affluence, il est un jeune homme parmi d’autres. A peine quelques bonjours amicaux de connaissances devant la boulangerie de son cousin Nahy, pas plus. Pourtant, ce Blanc-Mesnillois, originaire du sud de la ville, a tenu le rôle principal du film Tête de Turc où il partageait notamment l’affiche avec Roschdy Zem. Le premier long métrage engagé de l’acteur-réalisateur Pascal Elbé, sorti en mars 2010, a connu un joli succès en salle, totalisant 255 000 entrées dans toute la France. «A ce moment-là, on me reconnaissait dans la rue, assure celui qui a obtenu son premier rôle à 12 ans (*). J’essayais d’avoir toujours un sourire pour les gens qui me sollicitaient.»
Le rôle principal de "Tête de turc"
Samir a été choisi parmi cinq cents postulants pour interpréter Bora un ado sans histoires d’une banlieue sensible. Le garçon timide et peu causant va se retrouver au mauvais endroit au mauvais moment et blesser grièvement un médecin venu secourir un habitant de la cité. «Mon personnage se laisse influencer par de jeunes voyous de son quartier. Il ressent une grande culpabilité et perd petit à petit son innocence. Il est à la fois le héros puisque qu’il sauve finalement le docteur mais aussi son bourreau.» Un film vrai, intense.
Samir Maklhouf dans "Tête de Turc" de Pascal Elbé, extrait:
Après le tournage, Samir reçoit une dizaine de propositions de scénarios, essentiellement des rôles de caïds des banlieues. Il décline toutes ces offres, pourtant alléchantes, par peur de rester cantonné à ce type de personnages qu’il estime «trop caricaturaux, trop stigmatisés».
Eloigné des plateaux de cinéma pendant deux ans
Un choix réfléchi et influencé par sa petite équipe de conseillers et d’amis - Nahy, Abde et Badre - mais aussi par sa maman. «Ma mère est fière de moi. Elle me permet de garder les pieds sur terre. Si demain elle me demandait d’arrêter le 7e art, je le ferais.» Après Tête de Turc, Samir se tient donc éloigné des plateaux de cinéma pendant deux ans et reprend les petits boulots «afin, dit-il, de se poser, de réfléchir.» En parallèle, ce grand fan de Denzel Washington et de Jason Statham suit des cours de théâtre à l’Actor’s Studio de Paris trois après-midi par semaine et en profite pour perfectionner son anglais. Son projet est en effet de tourner un jour aux Etats-Unis. «Les acteurs sont moins catalogués là-bas qu’en France», fait-il remarquer.
A des années lumières de la planête star-system
Il y a quelques mois, Samir a accepté de jouer dans un nouveau film, La Vengeance du rappeur Morsay, une version moderne de La Haine de Mathieu Kassovitz. Là encore, il endosse le costume d’un «jeune mec honnête obligé par la force des choses de choisir son camp». Il finira par faire les mauvais choix. «Le scénario balance les clichés sur la banlieue. Cela m’a plu.» Un nouveau rôle d’anti-héros donc, qui va comme un gant à ce garçon toujours à des années-lumière de la planète star-system. Car une chose est sûre, Samir ne reniera pas ses origines même s’il devient un jour un acteur connu et reconnu. «Ma ville du Blanc-Mesnil ne disparaîtra jamais de ma vie. Ma famille et mes amis sont ici. Je sais aussi que dans ce métier, tout peut s’arrêter du jour au lendemain.»
Jonathan Rapaport
En un clic
