PSA condamne à mort l'usine d'Aulnay
Publié le 13.07.2012

© Photos Americo Mariano
Devant la porte 3 du site PSA d’Aulnay, dans la foule où se croisent l’équipe du matin et celle du soir, à 13h45, la colère s’empare des ouvriers et techniciens présents. Ce jeudi 12 juillet à 8 h, les cadres ont rassemblé les équipes pour leur annoncer la mort de l’usine en 2014 et la suppression de 8 000 emplois.
A Aulnay, l’ensemble des effectifs passerait à la trappe, soit 3 000 personnes, auxquelles s’ajouteraient les 600 intérimaires et sous-traitants directs. A dix jours de la fermeture pour les vacances, le coup est non seulement rude mais aussi parfaitement dégueulasse. « Merci pour le bel été que nous allons passer, s’étrangle une femme. PSA nous crache son mépris à la figure ».
De la colère, même si cette mort annoncée n’est pas vraiment une surprise. Il y a un an, la CGT avait rendu public un document de la direction daté de 2010, prévoyant cette mesure point par point (précisant qu’il fallait attendre la fin des élections présidentielle et législatives et le départ en vacances des salariés…). PSA avait démenti, pourtant la direction a suivi le calendrier prévu à la semaine près.
« Ils nous ont menti, nous mentent encore, et il faudrait leur faire confiance pour nous reclasser ? s’indigne Jean-Pierre Mercier, délégué CGT du groupe, ouvrier à Aulnay. M. Varin, le PDG, reconnaît que PSA possède 10 milliards d’euros de trésorerie. S’il manque de liquidités, qu’il tape dans le coffre-fort au lieu d’envoyer 8 000 personnes au chômage ! »
La fin de la production sur ce site de Seine-Saint-Denis est la première fermeture d'une usine automobile en France depuis celle de Renault à Boulogne-Billancourt en 1992. « PSA a du fric plein les poches et fait régulièrement appel à l'argent public, relève M. Kebbiche, tôlier-carrossier. Le groupe va faire appel à l’Etat pour nous foutre à la porte. On va être licenciés avec l’argent de nos impôts. C’est pas beau, ça ? »
Pour Jean-Pierre Mercier, « la guerre est déclarée. En temps de crise économique, c'est un crime social de fermer une usine, de sacrifier Aulnay au nom de la rentabilité. En septembre, une grande bataille va commencer. »
Sous un crachin persistant, les ouvriers présents ont voté à main levée la création d’un comité de lutte, dont les membres seront élus atelier par atelier, les 5 et 6 septembre. Ils ont également fixé la date d’une assemblée générale, le 11 septembre, dans l’usine. « On est des Hommes, pas du bétail, on va se battre », promet M. Kebbiche. Non-syndiqué, il travaille chez Citroën depuis 2001.
« Je suis l’un des derniers embauchés en CDI sur le site. Nous, on a que notre salaire pour vivre. S’ils croient qu’on va se laisser faire… » Jean-Pierre Mercier prévient : « Unis, nous sommes une force considérable, une bombe sociale et politique ! Jusqu’ici, les pouvoirs publics sont restés passifs. On va les faire bouger ! »
Présente le 12 juillet, la députée Marie-George Buffet (PCF) réclame une loi d'urgence. « Le chef de l'Etat, le premier ministre, ne peuvent rester l'arme au pied. Oui ou non va-t-on laisser la direction du groupe automobile qui a versé 200 millions de dividendes en 2011, décider la mise a mort d'usines modernes au seul profit des actionnaires? Oui ou non, va-t-on prendre les mesures qui s'imposent pour redresser l'industrie automobile dans notre pays ? » Le 12 juillet, à l’annonce des 8 000 licenciements, l’action PSA a bondi de 4%.
Pour en savoir plus...
Fermeture en 2014 de l'usine PSA d'Aulnay : réactions !
François Toulat-Brisson / Photos : Americo Mariano