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Prises de bec en vacances

Publié le 06.11.2011

La Trilogie de la villégiature, chef-d'œuvre théâtral de Carlo Goldoni, raconte les vacances de deux familles bourgeoises italiennes du 18e siècle.
Thomas Quillardet a eu l'idée d'en faire une adaptation en se concentrant sur les deux premières parties. C'est ainsi que l'on retrouve sur scène l'agitation et la frénésie d'avant le départ, puis l'ennui et l'oisiveté de la période des vacances. L'humour grinçant perdure pendant toute la pièce.
Une comédie amère d'actualité où l'importance des apparences fausse les rapports humains. Interview du metteur en scène Thomas Quillardet.

V ILLEGIATURE©  Grégoire  Alexandre
© Grégoire Alexandre

Qu'avez-vous conservé de l'œuvre originale de Goldoni dans votre adaptation ?
Thomas Quillardet. Cette œuvre de Goldoni est une matière première idéale pour le jeu des comédiens. Avec Jeanne Candel, qui fait la mise en scène avec moi, nous laissons vraiment les acteurs libres de proposer ce qu’ils veulent autour du texte. Je crois que nous sommes précis dans les chemins que nous leur demandons de prendre mais nous laissons la part belle à leurs inventions et à leur imaginaire. Il y a donc beaucoup de Goldoni et un peu d'eux.

Parlez-nous de l'équipe qui joue sur scène et celle des coulisses ? Sont-ils des collaborateurs de longue date ?
Nous formons un collectif depuis cinq ans. Jeanne Candel et moi, nous sommes extrêmement attentifs à ce qui est dit et fait en répétitions. Surtout aux erreurs ou aux oublis. Nous sommes à l’écoute des acteurs et les sources d’inspiration sont les univers de chacun. C'est une construction collégiale, mais Jeanne et moi tranchons toujours à la fin. En regardant le spectacle, je ne sais plus très bien comment les choses sont nées ou qui a eu telle idée.

Le spectacle est scindé en deux : avant le départ et pendant les vacances. Pouvez-vous nous dépeindre les deux ambiances ?
Nous travaillons sur une idée assez simple, la première partie se passe à l'intérieur et la deuxième à l'extérieur. La première est donc très contrainte. L'espace est réduit et les acteurs l'habitent avec beaucoup d'énergie et de collisions. C'est la frénésie du départ en villégiature. Dans la seconde, cette agitation laisse place à celle de l'amour et des désirs. L'espace change radicalement. Nous sommes à l'extérieur, à la campagne, le champ s'agrandit. 

Tout est prétexte aux règlements de compte. Finalement, est-ce drôle ou triste ?
Goldoni est un grand auteur, très précis, qui met en jeu les échecs et les doutes de la société mais aussi ses joies. Les personnages de Villégiature ont la mélancolie des clowns. La Venise dans laquelle ils vivent est un terrain en pleine mutation économique, où la jeune génération se débat dans un carcan social qui n’est plus le sien, mais sans avoir la lucidité ou le courage pour en changer. C'est une comédie amère. On est entre Woody Allen et Tchekhov. 

Des jeunes livrés à eux-mêmes, une société ravagée par l'image et le paraître, une déroute économique… Finalement, c'est une pièce tout à fait d'actualité ?
Nous voulons assumer de monter un «classique». Au départ, nous avions pris l’option d’un traitement contemporain pour les costumes et la scénographie. Nous allons maintenant à rebours de cette idée. Notre travail esthétique a pour base le 18e siècle. Les parallèles sont nombreux avec notre époque mais nous souhaitons être subtils dans ce va-et-vient. La modernité de Goldoni apparaîtra avec plus de force en costumes d’époque. Cela dit, au fur et à mesure de la représentation, les codes «classiques» se distordent. Nous créons des échappées comme si Goldoni les avait écrites. Ces éléments sont de l’ordre du rêve, de la poésie et du fantastique. Chacun fait le lien avec le présent comme il l'entend, mais il est vrai que les petits égoïsmes et les mesquineries sont toujours les mêmes. 

Marie-Carolyn Domain

Le 17 novembre à 19h, les 18 et 19 à 20h30, au Forum.

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