Nouvelle chance pour ados en difficulté
La mission du Service territorial de quartier en milieu ouvert (STEMO) est de permettre aux jeunes qu'il accueille de comprendre la gravité de leurs actes, de découvrir leur potentiel et d'envisager une autre vie.

©Américo Mariano
Ça bouillonne dans le cerveau de quatre adolescents attelés à l’écriture d’un scénario dans le cadre d’un concours. Pas moins de 2 000 euros sont en jeu. De quoi réaliser leur rêve : le tournage d’un court-métrage. Pourtant, ces jeunes, studieux et sages comme des images, ne sont pas étudiants en école de cinéma, loin de là. Ils participent à un atelier organisé par le Service territorial éducatif de milieu ouvert (Stemo) du Blanc-Mesnil situé au centre d’affaires Paris-Nord. Issus de plusieurs villes du département, ils sont tous suivis par la Protection judiciaire de la jeunesse (PJJ) sur ordonnance d’un magistrat (voir article page 9). «L’atelier est une activité à caractère pédagogique et éducatif, précise Alexia Peyre, la psychologue du service. Nous travaillons l’expression orale mais aussi l’imaginaire.»
Le synopsis, dont le thème obligatoire est «la mémoire de mon quartier», raconte l’ascension sociale d’un jeune de banlieue devenu avocat pour défendre les gamins des cités suite à la mort d’un ami d’enfance. Les scènes écrites avec l’aide des éducateurs sont largement inspirées par l’histoire personnelle de ces ados. Des scènes de violences ordinaires dans leur quartier : bagarres et même exécutions, relatées sans émotion particulière, font parfois froid dans le dos. «J’aurais dû empêcher ça», se reproche tout de même l’un d’eux. «A chaque séance, les gamins nous décrivent des événements traumatisants qui ont parsemé leur existence, confie Jean-Luc Einaudi, le doyen des éducateurs, 60 ans. Mais nous découvrons aussi souvent du potentiel chez eux.»
«Notre rôle est de comprendre l’histoire familiale de ces jeunes et leur souffrance», renchérit avec son regard neuf Guilhem, 34 ans, entré au Stemo il y a quelques mois. A l’heure du déjeuner, les quatre ados s’octroient une pause au McDo. A la différence des deux filles, les deux garçons sont plutôt bavards et évoquent facilement leur expérience dans un contexte plus décontracté que dans les bureaux du Stemo. Pendant ce temps, Thomas Danglot, un autre éducateur ne chôme pas. A peine bouclé le rapport qu’il doit remettre au tribunal sur l’un des vingt-cinq jeunes dont il a la charge, il se rend dans un atelier découverte du métier de pâtissier où il accompagne un autre de ses protégés. «L’avantage de ce boulot c’est qu’il n’y a jamais de routine», affirme-t-il. «L’inconvénient, c’est qu’on a du mal à désamorcer le truc, confie de son côté Guilhem. A la maison, ton cerveau continue à mouliner les problématiques de ces gamins.»
Dans l’après-midi, l’atelier d’écriture permet aux apprentis scénaristes d’apporter les dernières retouches à leur histoire. Ils repartent du centre d’affaires Paris-Nord avec la satisfaction du travail accompli. Les jeunes rencontrés lors de cette journée montrent tous une grande volonté de s’en sortir. D’autres ne sont cependant pas forcément dans le même état d’esprit : ils ne répondent pas aux convocations du Stemo ou refusent tout simplement de parler aux éducateurs Ces derniers ne se font d’ailleurs pas d’illusion. «Si nous arrivons à faire prendre conscience à certains de la gravité de leurs actes, ça serait déjà bien», assure Thomas Danglot. Cela ne les empêche pas de placer la barre plus haut : offrir la possibilité d’un nouveau départ à ceux qui sont si «mal partis».
Jonathan Rapaport
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