Accueil>...>Voix publique>Interviews>L'énergie, un capital à (re)conquérir

L'énergie, un capital à (re)conquérir

Publié le 23.12.2011

Le débat s'annonce passionnant ! De l'écologie humaine et politique revendiquée par Hervé Kempf aux énergies diversifiées sous maîtrise publique prônées par Marie-Claire Cailletaud.

Débat de l'Université citoyenne au Forum.
© Michel Le Moine

Pour sauver la planète, sortez du capitalisme

Hervé Kempf, journaliste et essayiste.Vous annoncez une sortie du capitalisme dans les quinze ans à venir... Comment l'envisagez-vous ?
Hervé Kempf.
C'est avant tout une question de lutte sociale. Il faut que les gens comprennent que ce système est dans une impasse, qu'il faut absolument arriver à en changer. En ce début du 21ème siècle, la crise écologique mondiale est le principal problème politique auquel l'humanité est confrontée. Pour le résoudre, il faut réduire notre impact sur la biosphère, en diminuant notre consommation matérielle et énergétique, principalement dans les pays riches...tout faisant preuve de  justice sociale. D’où la nécessité de réduire les fortes inégalités instituées par le système capitaliste durant les trente dernières années. Seules ne sont pas concernées les populations des pays occidentaux, qui vivent en état de pauvreté ou dans une grande précarité. Cet effort reposerait donc principalement sur les classes moyennes et supérieures.

Comment est-ce possible de vivre mieux...avec une telle réduction ?
Si on se focalise moins sur la production matérielle, on peut aboutir à une économie différente, dans laquelle l'activité humaine et matérielle s'orienterait  vers d'autres objectifs . Notamment en valorisant et en stimulant les biens communs qui ont un impact écologique beaucoup plus faible, qui  répondent mieux aux besoins sociaux et qui sont aussi d'importants créateurs d'emplois et d'activités.
Comme l'éducation, la santé, la culture par exemple... qui sont des domaines essentiels que le capitalisme cherche précisément à privatiser et à réduire en ce moment. Dans d'autres secteurs économiques, il s'agit d'opter pour une autre agriculture, d'autres politiques énergétiques,  urbaine, des transports...où résident des protentiels d'emplois tout à fait importants suivant une autre logique que celle mise en oeuvre à l'heure actuelle.

Est-ce la raison pour laquelle vous affirmer que « l'heure des hommes et des femmes de cœur, capables de faire luire les lumières de l'avenir,  a sonné » ?
C'est une façon d'exprimer ce que ressentent un certain nombre d'habitants de notre planète. Nous sommes à un moment important et grave de l'histoire humaine...où la majorité des gens se rendent compte que ce système est bringuebalant, fissuré et qu'il ne fonctionne pas. Qu'il s'avère aussi dangereux et nuisible pour l'environnement que pour la dignité et la justice humaines...Mais ils doutent d'une possibilité de vivre autrement. Or comme l’affirme le mouvement altermondialiste: un autre monde possible.

Un autre monde est-il possible dans le domaine énergétique ?
Nous avons tout intérêt à mettre le paquet sur les économies d'énergies tant du point de vue climatique, que de l'emploi, et de l'équilibre économique extérieur. Nous devons réduire notre consommation énergétique de manière globale. C'est ce vers quoi doivent tendre nos politiques énergétiques en France, en Europe de l'Ouest et en Amérique du Nord...
C'est la démonstration du scénario établi par l'association negaWatt .
Il faut sortir de cette logique du « plus de consommation, plus de gaspillage ». En termes d'énergies, il faut tenir compte des ressources naturelles de la planète et  adopter une attitude de sobriété...
Par exemple il faut refuser le débat sur le nucléaire en termes  de choix : le nucléaire ou les énergies renouvelables ? La question n’est pas là mais plutôt de connaître nos réels besoins en énergie, de savoir comment y répondre à moindre frais et seulement après, d’ envisager sa production.

Faites-vous une différence entre énergies renouvelables et fossiles ?
La question de l'environnement renvoie à celle de la crise écologique,  du changement climatique et de l'effet de serre...qui renvoient elles-même à celle des combustibles fossiles et de leur nécessaire réduction de consommation.Dans certains pays, le charbon, le pétrole, le gaz ne produisent pas seulement de l’électricité mais servent également aux moyens de transports. Par exemple, la France importe autant de pétrole que l'Allemagne, alors que sa population et son industrie sont moins importantes... et que l'Hexagone est censé consommer moins de combustibles fossiles grâce à sa production nucléaire. Pourquoi ?  Parce que dans le domaine des transports et d'autres activités économiques, il n'existe pas une logique de réduction des importations.
L'autre question essentielle est celle des contaminations, des pollutions, des dangers créés par ce type d’énergie, qui reste tout aussi problématique.

Le nucléaire en fait-il partie ?
L'énergie nucléaire pose d'énormes problèmes. En termes d'émissions radioactives, ce qui se passe actuellement à Fukushima est impressionnant. Je ne peux pas accepter qu'un tel accident grave entraîne l'empoisonnement d'une superficie proche d'un département français. Les déchets radioactifs, sont également très dangereux et vont le rester pendant des millions d'années. Et pour l’instant, aucune solution n'a été trouvée. Ce qui pose un autre problème moral : celui du poison que nous léguons aux générations suivantes.

Préconisez-vous un abandon du nucléaire ?
Il faut déjà se placer dans la perspective d'en sortir, ce qui m'apparaît comme une nécessité. Surtout en France, où le nucléaire a été piloté de manière tellement idéologique que nous nous retrouvons dans une situation abracadabrante. Par exemple, nous avons développer la filière MOX (mélange de plutonium et d'uranium) extrêmement dangereuse que nous sommes les seuls à fabriquer au monde. Cette filière entraîne le retraitement de différentes sortes de déchets radioactifs, qui pose des problèmes techniques et économiques importants... sans se poser une question essentielle : celle du coût de l'énergie nucléaire qui augmente régulièrement. Alors que la progression technique des énergies renouvelables (éolienne, solaire, biomasse) est aussi à prendre en compte.

Des secteurs énergétiques sous maîtrise publique

Marie-Claire Cailletaud, ingénieur et dirigeante de la Fédération nationale des mines et de l'énergie CGT.Votre Fédération défend le droit à l'énergie pour tous. Pourquoi ?
Marie-Claire Cailletaud.
C'est pour nous une question fondamentale, qui s'appuie notamment sur un récent rapport de l'ONU, où cette organisation mondiale constate que les inégalités ne cessent de se creuser entre les pays, et à l'intérieur de ceux-ci, entre les citoyens. Nous pensons qu’il est urgent  de réduire ces inégalités, notammant en instaurant un droit à l'énergie pour tous. Afin que le droit de s'éclairer et se chauffer soit considéré au même titre que le droit à la culture, à la santé... Tous ces  droits sont nécessaires aux développements humain et industriel. Or à l'heure actuelle, le droit à l'énergie est loin d'être acquis au niveau mondial :  1, 6 milliard de personnes n'ont pas accès à l'électricité ; 80% de ressources fossiles de la planète sont « bouffées » par 20% de la population ; en France, 8 millions de foyers vivent en précarité énergétique.

Quelles solutions préconisez-vous ?
Notre analyse est la suivante : Les pays  industrialisés ont assis leur développement sur les ressources fossiles (charbon, gaz, pétrole) qui fournissent de l'énergie mais en quantité finie.,,, alors qu’à notre avis, elles devraient être gérées collectivement comme des biens publics de l'humanité. Et elles devraient servir en priorité aux pays qui ne maîtrisent pas d'autres technologies pour se développer. Tandis que dans nos pays occidentaux, grâce à autres technologies, nous pourrions minimiser leur utilisation, voire même s'en passer à terme. Car le principal inconvénient des ressources fossiles est qu’elles produisent beaucoup de CO2 (gaz carbonique).
D'autre part, un réchauffement climatique non maîtrisé, accompagné d’une montée des eaux et d’un assèchement d'une partie du sol terrestre, entraînerait des migrations massives de populations et générerait des tensions géopolitiques très graves. Des phénomènes à prendre en compte pour opérer dès aujourd’hui une transition dans l’utilisation des énergies existantes.

Une transition qui passerait par ce que vous appelez un « mix énergétique » . De quoi s'agit-il ?
 Cela  implique tout d’abord à faire des économies d'énergie, dans les habitats, les transports collectifs, l'urbanisme... Cette transition nécessite également de relocaliser la production et de développer des filières d'énergies renouvelables. De réduire le recours aux énergies carbonées, comme le charbon ou le gaz ou alors de les utiliser en veillant à capter et  à stocker le CO2 produit. Compte tenu de nos avancées technologiques actuelles, nous ne pouvons pas nous passer non plus de l'énergie nucléaire car ce mode de production n'émet pas de gaz carbonique. Cependant l'industrie nucléaire est complexe, c'est pourquoi notre Fédération demande qu'elle soit développée le plus sûrement possible, sous une maîtrise publique et avec un statut de haut niveau pour le personnel qui y travaille. 

Vous souhaitez également que tout le secteur énergétique évolue sous maîtrise publique. Pourquoi ?
Ce secteur ne doit  être laissé ni à la concurrence, ni aux intérêts privés. A titre d'exemple,  EDF et GDF, autrefois des entreprises nationalisées par l’Etat, menaient des politiques dignes d'une entreprise privée. C'est pourquoi notre Fédération réclame non seulement la propriété publique de l'ensemble des entreprises productrices d'énergie mais veut également obtenir le droit pour les salariés de ces entreprises et les citoyens d'intervenir dans les choix de gestion énergétique. Et nous allons même plus loin en demandant la création d'un pôle public de l'énergie.
 
Cette création aurait-elle lieu au niveau national, européen ou international ?
Ce pôle public serait créé au niveau national car notre Fédération n'a pas vocation à donner aux autres pays, des conseils sur l'organisation de leur secteur énergétique. Si chaque pays est libre de ses choix énergétiques, ces derniers ont un impact les uns sur les autres  parce que les ressources fossiles sont limitées; parce que l'émission de CO2 à un endroit de la planète concerne l'ensemble de la Terre ; parce que que les conséquences d'un accident nucléaire dans un pays donné se répercutent au-delà de ses frontières...Par exemple,  le choix fait par l'Allemagne de sortir du nucléaire, aura des impacts sur les autres pays européens en termes d'exportation, de transit sur des réseaux électriques, d'émission de CO2.... Les politiques énergétiques sont de fait interdépendantes les unes des autres. Ce qui a amené notre Fédération à demander la création d'une agence européenne de l'énergie, afin de coordonner la recherche,  l'interconnexion,  l'approvisionnement,  l'émission de CO2... dansle cadre d’une véritable politique énergétique européenne.

Propos recueillis par Nadia De Almeida

Réagissez à l'article

Vos réactions

Il n'y a pas de réaction

Hôtel de ville
Place Gabriel Péri
93156 Le Blanc Mesnil Cedex
Tél : 01 45 91 70 70
Fax : 01 45 91 71 70

Horaires :
les lundi, mardi, mercredi, vendredi : 8h30-11h45, 13h00-17h15
le jeudi : 13h-19h* - le samedi de 8h30 à 11h45**
* Services ouverts après 17h15 : l'état civil, l'urbanisme, l'accueil éducation, l'enfance, l'hygiène et le sport.
** Les mêmes services sauf le sport