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Le blues des blouses blanches

Publié le 24.11.2011

Les infirmières scolaires ont des conditions de travail difficiles qui les empêchent de mener, aussi bien qu'elles le voudraient, leurs missions de santé et leur rôle social.

Infirmière scolaire
© Zarz

En France, 7 500 infirmières et infirmiers scolaires veillent à la santé des enfants dans 8 000 lycées et collèges, et 55 0000 écoles, où 15 millions de passage à l’infirmerie sont constatés chaque année. Des chiffres renversants qui obligent bien souvent ces professionnels en blouse blanche à être au four et au moulin. Isabelle, par exemple, effectue deux mi-temps de 20 heures aux collèges Cotton et Mandela. «Couvrir deux établissements c’est très lourd, explique celle qui est devenue infirmière scolaire il y a quatre ans. Nous travaillons en règle générale en binôme pour recevoir les adolescents de 8h à 17h. Le midi, je prends cinq minutes pour manger à mon bureau mais ma porte reste toujours ouverte.» Une de ses collègues qui a préféré garder l’anonymat, a elle en charge un collège et… douze écoles élémentaires et maternelles au Blanc-Mesnil.

«Je ne suis pas assez présente dans certains établissements, regrette-t-elle. Je peux venir une semaine dans une école pour une intervention ponctuelle comme la vaccination, le dépistage auditif ou visuel et ne plus y retourner pendant six mois.» Ce sont donc les enseignants qui sont amenés à soigner les petits bobos du quotidien. En théorie, selon le ministère de l’Education nationale, les infirmières scolaires ont pour rôle de «promouvoir et mettre en œuvre la politique de santé, accueillir et écouter les enfants et les parents pour tout motif ayant une incidence sur la santé et assurer la surveillance sanitaire de l’hygiène générale en milieu scolaire.» A cela s’ajoute le droit de délivrer la pilule du lendemain, d’orienter les jeunes filles vers une IVG ou d’envoyer un élève d’urgence à l’hôpital.

Des missions déjà prenantes qui vont encore plus loin dans la pratique. «Nous jouons un véritable rôle social, précise Isabelle. Nous recueillons les confidences des enfants sans les trahir, même si nous devons parfois effectuer un signalement pour les cas les plus graves.» En dehors de leurs conditions de travail difficiles, ces professionnels de santé se plaignent de ne pas être reconnus à leur juste valeur. Le 8 novembre, plusieurs centaines ont manifesté dans les rues de Paris. «Nous souhaitons obtenir la catégorie A au même titre que la Fonction publique hospitalière, explique Béatrice Gaultier, secrétaire générale du SNICS-FSU, le syndicat majoritaire. Nous sommes moins bien payés que dans les hôpitaux. Nous ne touchons que 1 300 euros en début de carrière et 2 200 euros en fin de carrière, ce qui nuit à l’attractivité de notre profession. Actuellement, 1 500 postes ne sont pas pourvus.»

Une mobilisation qui a finalement porté ses fruits puisque le 15 novembre, une délégation du SNICS-FSU et du SNIES-UNSA a été reçue par le ministère de la Fonction publique. L’intégration de toutes les infirmières en catégorie A a été actée. Mais les syndicats restent mobilisés : certaines propositions du ministre risquent de provoquer des retards dans leur avancement de carrière et de limiter leur mobilité entre les différentes fonctions publiques. Les infirmières scolaires n’ont donc pas tout à fait fini de panser leurs plaies.

Jonathan Rapaport

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