Kader Benabdeli: des racines sous le tatami
Un boulimique d'activités ! Ingénieur, professeur de judo, arbitre, en charge de la cellule vidéo de l’équipe de France. Avec l'envie de «toujours évoluer».

©Americo Mariano
Comme Kader Benabdeli est un perfectionniste, il s’en veut un peu d’être né à Drancy, à la clinique du Bois d’Amour. «Mais, rectifie-t-il avec le sourire, c’est parce que l’Hôpital privé du Blanc-Mesnil n’avait pas encore l’importance qu’il a aujourd’hui.» Rassurons-le, le jeune homme de 31 ans, professeur de judo à l’Etoile sportive de Blanc-Mesnil a tout du candidat idéal pour cette rubrique. Car, à part ce léger «péché» originel, il ne s’imagine pas vivre ailleurs qu’au Blanc-Mesnil. «Je suis investi dans l’ESBM, alors pour moi, il est très important de rester ici. C'est la ville de mon enfance, je l’ai vue évoluer, changer, se développer au fil de ces dix dernières années…»
Lui aussi s’est bien construit. Presque à marche forcée tant ses semaines ont plusieurs facettes. Il y a d’abord son travail au sein d’Inexia, une filiale de la SNCF où il organise «des plans de transport et calcule des temps de parcours pour les trains.» Un poste qui est le fruit de six années de cours du soir au Conservatoire national des arts et métiers. «Sans jamais lâcher le judo, précise-t-il fièrement.» Impossible pour lui de tourner le dos à son parcours associatif et sportif qui l’a vu passer de minot des tatamis à professeur respecté. «J’ai fait le tour de la boucle, dit-il, en commençant le judo à 10 ans au CSBM rue Jean Jaurès où je donne aujourd’hui des cours même si les lieux ont changé. Pour moi, c’est une manière de transmettre les valeurs que m’ont inculquées mes profs, comme Fayçal Hamarouche.» Cette volonté de «toujours évoluer», il la tient peut-être de sa maman Aïcha, une Oranaise venue rejoindre en France Djilali, son mari maçon, à la fin des années 70.
«Lorsque j’étais tout petit, nous habitions un vieux pavillon dans le centre-ville, un peu humide, où je tombais souvent malade, raconte Kader. Ma mère a alors écrit au ministre du Logement de l’époque et nous avons eu, grâce à elle, un appartement aux Quatre Tours ! »
Parti faire son nid ailleurs au Blanc-Mesnil, ce célibataire y retourne, chaque dimanche soir, se rassasier «du couscous ou des pizzas» de sa mère. Une petite pause avant d’attaquer sa semaine à rallonge.
Ah, oui, on allait presque oublier : Kader est aujourd’hui arbitre interrégional de judo, en passe d’obtenir le droit de diriger des combats au niveau national. Enfin, ultime bâton de maréchal, il s’occupe de la cellule vidéo de l’équipe de France de judo.
«C’est une façon d’allier bénévolement mes compétences de judoka et d’informaticien.» Accessoirement, cela permet aux meilleurs judokas tricolores de disposer de «rapports sur leurs adversaires» sur l’écran d’un iPad. Au final, la boulimie d’activités de Kader est un moyen comme un autre de compenser une carrière de haut niveau avortée. «Kader a eu l’intelligence de comprendre assez vite qu’il ne serait pas champion olympique et donc de changer son fusil d’épaule au travers des études ou de son investissement associatif, commente Laurent Jouanneau, le directeur sportif de l’ESBM.» Ce qui ne l’empêche pas d’être toujours à fond. «Parfois, je dois un peu le forcer à rester chez lui, pour qu'il se repose», ajoute Laurent Jouanneau.
Pas étonnant, dans ces conditions, que Kader Benabdeli ait trois mots d’ordre dans la vie : «travail, partage et soif de connaissance.»
Frédéric Decock
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