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Clavel Kayitare, sprinter de l'espoir

Publié le 13.04.2012

Rencontre avec Clavel Kayitare, 26 ans, champion de France d'athlétisme handisport.

Clavel Kayitare, 26 ans, sprinter champion de France d'athlétisme handisport. Photo Americo Mariano.
© Americo Mariano

Clavel Kayitare, 26 ans, est champion de France d'athlétisme handisport. Originaire du Rwanda, il a dû fuir le pays à l'âge de 8 ans, lors du génocide en 1994. Blessé à la jambe par des éclats de grenade, il en a perdu l'usage. Soigné en France, il a depuis remporté de multiples médailles. Educateur sportif intervenant dans des écoles primaires de La Garenne-Colombes (92), il prépare les Jeux paralympiques de Londres. Le 6 avril 2012, il était au stade Jean Bouin du Blanc-Mesnil, lors d'une action de sensibilisation autour du sport et du handicap, dans le cadre de l'Intégrathlon.

Qu'est-ce qui vous a donné envie de faire de l'athlétisme?
Je suis un amoureux du sport en général et j’ai découvert l’athlétisme au collège. Un prof m’a proposé de m’entraîner et après, de faire des compétitions. Et depuis, je n'ai jamais arrêté. Au sprint, on travaille le départ, la vitesse, on doit tenir la distance, il nous faut de l'endurance, de la résistance. J'ai toujours aimé ça, il faut être à fond du début à la fin. Sur un 100m, le départ est très important. J'ai fait un faux départ aux JO de Pékin en 2008. C'était un échec sportif et personnel. Il faut que je sois concentré sur moi-même. D'autres, comme Usain Bolt, s'amusent avec le public et font les clowns. Pour décompresser, à chacun sa façon !

Quel est votre parcours ?
Je pratique ce sport depuis l’âge de 13 ans. Trois ans plus tard, en 2002, j'intégrais l'équipe de France. C'est allé très vite. Quand j'ai commencé à gagner des championnats, un rêve de gamin devenait réalité, comme lorsque j'ai décroché la médaille d'argent aux championnats du Monde de Villeneuve d'Ascq en 2002. Les JO représentent l'épreuve ultime. A Athènes en 2004, au début, j'étais à la découverte, il m'a fallu le temps de réaliser. Quand on se rend compte qu'on fait partie des 5 meilleurs mondiaux, l'émotion que l'on ressent n'est pas descriptible. Et quand on a un podium…
 
Quelles sont les problématiques propres au handisport ?
Nous rencontrons des problèmes au niveau de la médiatisation du handisport, même si c'est en train de changer un peu. En 2011 pour le championnat du monde en Nouvelle-Zélande, aucun journaliste français n'était là, ni à l'aéroport, ni sur place. A son arrivée à Londres, l'équipe britannique a été accueillie par la BBC. A Paris, il n'y avait personne. Nous avons également des difficultés de financement de nos préparations pour les grands événements, comme les Jeux ou les championnats du Monde et d’Europe. Même si on est bien aidés par la fédération, on manque de moyens. On peine à trouver des partenaires.
 
Comment s'est déroulée la rencontre avec les enfants, au Blanc-Mesnil le 6 avril dernier ?
C'est la 3ème fois que je participe à cette action. Si je compare avec les années précédentes, j'ai l'impression que les enfants enregistraient mieux mon message, et qu'ils étaient impressionnés par mon parcours. Il faut avoir de l'espoir, de l'ambition, du rêve, et en travaillant, on peut réussir. C'est ce que j'essaie de véhiculer comme message. Malgré les mauvais moments, les drames, on peut surmonter les problèmes.
 
Comment appréhendez-vous les Jeux de Londres, cet été?
Je suis confiant, je me prépare sereinement. Je joue ma qualification. Je ne me mets pas la pression, je me concentre sur la préparation. Je m'entraîne tous les jours. J'y vais pour faire un podium.

En avril 1994 débutait le génocide au Rwanda. Quels sont vos souvenirs de cette période ?
J'avais 8 ans. Il ne me reste qu'un frère et quelques oncles et tantes. Tout le reste de ma famille a été décimé. La nuit, des Hutus ont balancé des grenades. Mon oncle, ma tante, ma grand-mère sont morts. Mon père et ma mère ont été tués un peu plus loin. Nous nous étions réfugiés dans une cour d'église. Les gens se réunissaient dans des endroits publics. Mais je crois qu'ils regroupaient les gens au même endroit pour mieux les tuer. Les Hutus coupaient les gens à la machette et avaient des fusils. Moi je suis Tutsi, mais je n'aime pas trop ces notions d'appartenance. Des éclats de grenade m'ont blessé à la jambe gauche, qui est restée raide. J'ai été pris en charge par la Chaîne de l'Espoir et Médecins du monde, et soigné en France. Près d'un million de morts, c'est atroce. Le monde entier l'a observé, personne n'a rien fait. C'est intolérable. 18 ans se sont écoulés depuis, mais je ne pourrai jamais avoir de recul face à ces évènements. La blessure sera toujours là, d'autant plus que je l'ai vécu directement. J'ai été blessé physiquement et moralement, au plus profond de moi.

Clavel Kayitare, 26 ans, sprinter champion de France d'athlétisme handisport. Il a remporté de multiples récompenses (médailles d’or aux championnats d’Europe, médailles d’argent aux Jeux paralympiques d’Athènes…)

Clavel Kayitare, 26 ans, sprinter champion de France d'athlétisme handisport. Il a remporté de multiples récompenses (médailles d’or aux championnats d’Europe, médailles d’argent aux Jeux paralympiques d’Athènes…)

Ateliers de sensibilisation au handicap pour les enfants, les 4 et 6 avril 2012 au stade Jean Bouin, dans le cadre de l'Intégrathlon. En présence de Clavel Kayitare, sprinter champion de France. Photo Americo Mariano.

Le palmarès de Clavel
Médailles d’argent aux championnats du Monde sur 100m (2002 et 2011) et 200m (2006 et 2011).
Médailles d’or aux championnats d’Europe sur 100 m, 200 m (2003) et 4x100 m (2005).
Médailles d’argent championnats d’Europe sur 100m et 200m (2005).
Médailles d’argent aux Jeux paralympiques d’Athènes sur 100m et 200m (2004).

Propos recueillis par Laëtitia Soula
Photos Americo Mariano

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