Un stage pour s’affranchir de la phobie de l’eau : le service municipal des sports et les maîtres nageurs de la piscine Henri Wallon ont inauguré cette formule, qui récolte un large succès.
En langage soutenu, la peur de l’eau se dit hydrophobie. Une angoisse qui provient parfois de traumatismes profonds, comme le fait d’avoir assisté à des noyades. Certains ont eux-mêmes frôlé la catastrophe. Michelle, 62 ans, a subi une crampe lorsqu’elle apprenait à nager dans son enfance. Depuis, elle est victime d’une peur phobique des profondeurs. «Dès que je n’ai plus pied, je panique. Je ne peux plus bouger, comme si la crampe revenait.» Jusqu’à peu, aucun membre de sa famille n’était au courant. Elle les accompagnait l’été dans les stations balnéaires sans rien montrer de son anxiété. Malgré tout, elle s’est inscrite au cours d’aquagym, à la piscine Henri Wallon, il y a quelques années. Une décision qui cachait déjà le secret désir de se colleter au problème. Les soucis n’ont pas manqué de ressurgir lors des exercices dans le grand bassin, profond de deux mètres. Le stage organisé en cette fin du mois de décembre constitue donc l’opportunité idoine de s’affranchir de cet encombrant handicap, ou tout du moins de l’amoindrir. «Je veux dépasser cette angoisse», affirme-t-elle. Comme elle, une dizaine d’autres femmes sont venues apprendre à apprivoiser l’élément liquide, à raison de cinq séances d’une heure, étalées sur une semaine.
Outre les traumatismes dits «nautiques», une des principales sources de peur est liée, pour plusieurs générations, à la relation avec le maître-nageur. Jusqu’aux grands progrès accomplis en terme de pédagogie ces dernières années, la formation de ces professionnels n’était pas exhaustive, loin s’en faut. Une conception directive voire militaire de l’apprentissage de la nage se perpétuait. Xavier, 32 ans, maître-nageur à Henri Wallon est, lui, titulaire du Beesan (Brevet d'Etat d'éducateur sportif du 1er degré option activités de la natation). Un diplôme qui comporte notamment des formations aux pédagogies à mettre en œuvre en direction des femmes enceintes, des personnes handicapées, des bébés nageurs, etc. «La relation de confiance qui s’installe en début de stage avec le groupe est primordiale, confie Xavier. Au départ, je fais attention à ne pas trop élever la voix et je les avertis avant de les toucher. Brusquer une personne déjà tendue est le meilleur moyen de l’effrayer et de la bloquer.» Dans ce sens, les créneaux entièrement dévolus aux hydrophobes sont une aubaine. «C’est comme la conduite automobile : si on vous lâche sur le rond-point des Champs-Élysées à une heure de pointe, c’est la galère. C’est pareil dans un bassin avec beaucoup de monde, des cris, du bruit, des enfants qui jouent et des gens qui nagent dans tous les sens.»
Xavier sait de quoi il parle. Il fut lui-même victime d’un traumatisme nautique à l’âge de 11 ans. Les pompiers du Blanc-Mesnil l’ont secouru dans cette même piscine. «Je sais ce que c’est, l’oppression dans la poitrine, au ventre, le stress, etc. C’est pour cela que ça me tient à cœur d’aider ces gens à évacuer leur angoisse. C’est un plaisir de les voir revenir à la piscine avec le sourire.»
Concrètement, pendant les séances, Xavier reste dans l’eau tandis que Dominique, un autre maître-nageur, surveille le bassin. «Je me tiens continuellement près des stagiaires pour les rassurer. Je suis toujours «à la réception» pour les sauts.» La fameuse perche, source de traumatisme pour nombre d’enfants qui l’ont ratée alors qu’ils devaient s’y raccrocher, n’est plus utilisée, si ce n’est pour des jeux. Les exercices proposés par Xavier sont simples et ludiques : passer sous une corde en la tenant bien agrippée, par exemple. L’immersion constitue souvent un point crucial pour les hydrophobes. «Paradoxalement, beaucoup de gens qui savent nager sont incapables de mettre la tête sous l’eau.» Là encore, les causes de la peur sont multiples : pour l’une des problèmes d’oreille interne, à l’instar du vertige, pour l’autre la claustrophobie. Un autre exercice consiste à faire crier les gens dans l’eau (la tête en dehors, bien sûr !). Une façon de relâcher la pression et la tension musculaire… Ensuite, le groupe travaille l’équilibre ventral, dorsal, puis les déplacements, le tout en douceur. Xavier prodigue ses conseils : «Gardez les yeux ouverts ! Le noir c’est l’angoisse, les cauchemars.» Il rassure : «Le corps remonte naturellement à la surface après un saut.» A la fin de la séance, on fait les comptes : personne n’a bu la tasse…
Vincent Greffier
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D’autres stages contre la phobie de l’eau seront organisés au cours de l’année. Hormis les droits d’entrée pour la piscine, ces stages sont gratuits. Vous pouvez téléphoner au service municipal des sports au 01 45 91 70 65.