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Le Mensuel n° 75, février 2005
Histoires
 
Jeux Olympiques en France
1900, 1924 et peut-être 2012
© DR | Paris 1924, jeux de la huitième olympiade. Départ du 5000m devant la tribune officielle du stade de Colombes.
© DR | Paris 1924, jeux de la huitième olympiade. Départ du 5000m devant la tribune officielle du stade de Colombes.
Paris et sa banlieue ont déjà accueilli deux fois les JO. Caractère inédit en 1900 et ferveur populaire en 1924. Alors une troisième occasion d’organiser cet événement sportif planétaire ?

Paris 2012. La France se mobilise, portée par «l’amour des jeux», pour faire de sa capitale le lieu de la trentième Olympiade du 27 juillet au 12 août 2012. C’est en pensant aux générations futures que Paris 2012 s’est fixé pour objectif d’assurer le «succès durable» des jeux. Le projet du Comité qui défend la candidature de Paris garantit de nombreuses retombées positives à long terme en matière économique, environnementale et urbaine. Qu’en a-t-il été auparavant au siècle dernier quand la capitale française fut l’hôte des IIe et VIIIe JO ?
Initialement Pierre de Coubertin souhaitait que les premiers Jeux se déroulent à Paris. Mais à la demande de Démétrius Vikelas qui fut le premier président du Comité international olympique et en l'honneur des Jeux antiques la ville d'Athènes fut désignée pour organiser les premiers Jeux Olympiques de l'ère moderne du 25 mars au 5 avril 1896. Tout naturellement, la IIe Olympiade des Jeux modernes s'installe à Paris en 1900. Pour la première et unique fois, ils ont lieu dans le cadre d'une autre grande manifestation, l'Exposition universelle internationale. L'idée vient du CIO qui souhaite laisser un souvenir impérissable de cette Olympiade. Si la démarche est louable, les Jeux sont malheureusement noyés dans le programme de l'Exposition et ses autres manifestations sportives. En définitive, les épreuves furent tellement imbriquées que certains athlètes apprirent qu'ils étaient champions olympiques lors de la remise des médailles, d’autres ignoreront toute leur vie qu'ils ont participé à des Jeux Olympiques. Pendant cinq mois, du 14 mai au 28 octobre, les épreuves, officielles et hors compétition se déploient dans toute la ville et dans son point d'ancrage, le stade et le vélodrome de Vincennes. Les installations sportives font alors cruellement défaut et les épreuves se déroulent aussi au cercle du Bois de Boulogne (crocket), dans l’île de Puteaux (tennis) dans le bassin d’Asnières sur la Seine (natation), à Compiègne (golf)…
Ces Jeux ont un caractère inédit à double titre. Par le cadre dans lequel ils se déroulent, mais aussi par la participation des femmes qui constitue là une grande première. Vingt-quatre pays y participent et plus de 1 200 athlètes dont 22 femmes.
Si ces Jeux n'ont pas connu de cérémonies d'ouverture ou de clôture, des dizaines de cérémonies protocolaires ont été célébrées, même si ces Olympiades encore dotées d'une très faible légitimité, ne recueillent évidemment pas un écho médiatique qui nous est habituel. Cependant en ce début de siècle et sous l’impulsion de Pierre de Coubertin, l’effet des JO de 1900 s’inscrit dans une vaste volonté de populariser la pratique sportive. De nombreuses associations se créent alors, accompagnées d’une vague de construction de gymnases et de vélodromes. En 1902, Henri Desgrange directeur du journal «L’Auto» imagine d’aménager la galerie des machines, vestige de l’Exposition universelle de 1900 près du champ de Mars en vélodrome couvert. Inauguré en 1903, le Vel’d’Hiv connut un succès populaire rapide. Pour des raisons d’urbanisme il fut détruit dix ans plus tard et un nouveau Vel’ d’Hiv vit le jour dans le quartier de Grenelle.
Dans les années 20, la Ville de Paris s’appliqua à construire des stades et des piscines. Dans la perspective des JO de 1924, on aménagea la piscine des Tourelles aux normes de compétition. Car pour la deuxième fois de son histoire, Paris a été désignée ville hôte des Jeux Olympiques d'été. Du 4 mai au 27 juillet 1924, 126 épreuves auxquelles participent 3 089 athlètes se déroulent dans une ferveur populaire de plus en plus grande. Avec 44 pays participants contre 29 en 1920 à Anvers, les JO décrochent le titre d'événement sportif planétaire. Colombes dans la banlieue ouest de Paris est largement mis à contribution. Y a été érigé un stade en 1907. En juin 1921, lorsque la France est choisie pour organiser les VIIIe Olympiades d’été, le stade de Colombes est retenu, du fait de sa proximité avec la capitale, pour le déroulement des principales épreuves. Il appartient alors au Racing Club de France qui le met à disposition du Comité olympique français et s’engage à augmenter les infrastructures. L’architecte Louis Faurre-Dujaric supervise les travaux, le stade s’agrandit sur 14 hectares et porte la capacité d’accueil des spectateurs à 60 000. Le stade prit le nom de Yves du manoir en 1928 et resta l’un des sites les plus modernes et les plus populaires du pays jusqu’à la fin des années 60.
Un village olympique est construit aux abords du stade avec tout le confort moderne. Après les JO, ces installations furent vendues et converties en logements. «Désormais les stades apparaissent comme les nouveaux monuments des villes, note Aymeric Zublena, président de l’académie d’architecture. «Les meilleurs architectes construisent des stades sachant qu’ils deviendront rapidement non seulement un lieu, mais aussi le cadre vivant de nouveaux quartiers de logements de bureaux et de commerces.»
Le succès est immédiat : le stade, durant les Olympiades, est régulièrement investi par un public de plus en plus passionné. Le traitement médiatique est d'ampleur internationale : un millier de journalistes couvrent l'événement pendant toute la durée de la compétition. Perché dans la nacelle d'un ballon captif aux flancs bardés de publicités pour les automobiles Peugeot, Edmond Dehorter, premier radio-reporter de l'histoire commente les épreuves, en direct sur la fréquence de Radiola. D'un même regard, il peut voir le tout nouveau stade de Colombes, le Vel’ d'Hiv, le plan d'eau d'Argenteuil ou le quadrilatère aux murs aveugles qui abrite le bassin découvert de 50 mètres de la piscine des Tourelles
1924 est synonyme d'avancées majeures dans l'histoire des Jeux : la devise olympique, «Citius, Altius, Fortius» (Plus vite, Plus haut, Plus fort) et l'exposition traditionnelle des trois drapeaux lors de la clôture (CIO, pays hôte et prochain pays organisateur) font leur apparition.
Cette VIIIe Olympiade sera le dernier acte olympique pour Pierre de Coubertin. Estimant avoir «fait son œuvre», le baron quittera la présidence du CIO en 1925.
Quatre-vingts ans plus tard, le comité international olympique (CIO) va procéder le 6 juillet prochain à l’élection de la ville hôte des XXXes Jeux Olympiques et des XlVes Jeux paralympiques. Si Paris sort gagnante de l’épreuve, l’empreinte de ces nouvelles olympiades, aussi bien dans la capitale qu’en Ile-de-France, sera considérable. Pour le développement de la pratique sportive, les JO laisseront en héritage un stade aquatique à Aubervilliers, un centre de tir à Versailles, un vélodrome à Saint-Quentin en Yvelines, un super dôme à Paris dans le 18e arrondissement. Un nouveau poumon vert verra le jour à l’emplacement du village olympique sur le site des Batignolles. Conçu comme une opération de régénération urbaine, il sera reconverti essentiellement en logements sociaux, en logements étudiants avec des équipements publics et des activités économiques le tout dans un parc de dix hectares. La modernisation des transports collectifs, notamment du RER B, l’extension du tramway et le prolongement de lignes de métro, sont autant d’éléments clés de l’héritage envisagé de Paris 2012.

Dominique Bari


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